27 mai 2012

L'Oreille Interne ~ Robert Silverberg

oreille

Résumé : Dans le New York des années 1970, David Selig est un quadra paumé doté d'un incroyable don : télépathe, les esprits de ses congénères n'ont aucun secret pour lui. Il craint que cette capacité ne soit sur le point de disparaître.

Mon avis perso : Un livre court mais grand, emprunt d'un humanisme aussi touchant que passionnant. L'oreille Interne, aka Dying inside (un titre tellement plus adapté) nous permet de plonger au plus profond de l'âme de son protagoniste, David. La proximité est telle qu'on se sent aux premières loges de sa réalité.

David meurt de l'intérieur depuis sa naissance. Son don, sa malédiction, sa capacité à toucher les esprits lui ôte toute envie d'aller vers autrui. Devinant les mensonges derrières les jolies paroles, il est incapable de s'attacher et de mener une vie normale. La littérature est son cocon, son seul contact sincère avec le reste de l'humanité.

Quand son pouvoir se met à vaciller, sa "mort" s'accélère. Déjà qu'il ne savait pas communiquer correctement avec autrui, il ne s'imagine même pas comment procéder une fois sa télépathie disparue. Le vieux piège de la solitude semble de refermer définitivement autour de lui. Et il le craint, viscéralement. Obligé de sociabiliser, il porte un regard entier sur son parcours (ses rencontres, ses erreurs) et sur ce qui lui reste à accomplir.

On ne peut rester insensible à la détresse de David. Sans jamais tomber dans le pathos, Silverberg dévoile toute l'étendue de son talent en créant un personnage doté d'une grande sensibilité. On s'émerveille de toucher à son humanité pendant que lui-même s'émerveille d'approcher (par son don) l'essence la plus profonde de certaines de ses rencontres. Jolie mise en abîme. Petits frissons à la clef.

Le style de l'auteur est brillant. Jonglant à l'occasion entre "je" et "il", il diversifie ainsi l'étude son protagoniste par ces deux points de vue, tout en suivant un rythme chronologique désordonné mais logique. Il enrichit également son récit d'une foule de références littéraires

Les réflexions qu'il développe autour de la communication trouvent un écho surprenant de justesse à notre époque twitteuse et facebookeuse. L'existence et la perte de son pouvoir portent chacune leur lot de combles. La première lui permet de garder le contact tout en l'empêchant d'en nouer sincèrement. La deuxième le lui coupe tout lui redonnant la possibilité d'en créer.

Comme à son habitude, la science-fiction est avant tout l'occasion de poser les questions les plus intéressantes qui soit, celles qui touchent à capacité à vivre notre humanité. Moi je kiffe.

Ma note perso : 19/20, presque un coup de coeur, assurément une bonne tranche d'humanité. Brillant et facile d'abord.

L'après-critique : Si David parait aussi vivant, c'est probablement parce que Silverberg se serait beaucoup inspiré de sa propre vie pour écrire ce roman présenté comme majeur dans sa bibliographie.

Posté par Nefertari808 à 17:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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